samedi 28 avril 2012
mardi 27 mars 2012
Des morts
Toutes les fois que je passe à proximité de Pise je lève les yeux vers le ciel, c’est devenu un réflexe, de l’horizon des collines proches, au ciel vers les premiers nuages s’il y en a, pour voir non pas un quoi du paysage non vu jusque là, mais un qui, Tabucchi s’il n’émerge pas de derrière ces collines, lui, cet « immense écrivain » comme disent certains journalistes, devrait alors se voir d’ici. C’est, c’était un très grand, il est mort le week-end dernier, sa mort, la remarque banale et médiatique de sa mort, estompée gommée soufflée par le tueur du sud ouest et la grosse semaine, week-end compris, qui lui a été consacrée. De même que la mort des trois pintades sur l’autoroute n’a plus intéressé personne. Quelqu’un a-t-il pensé que s’il avait filmé ses exploits macabres, c’était à la demande de ses supérieurs, pour qu’il puisse être ensuite évalué puis noté ? Oui je sais ça devient une obsession. Nous ne sommes pas non plus jour après jour parmi les petits papiers de la DST. Dans ce cas là qui nous préoccupe, l’évaluation est superflue, le jeune homme exalté qu’ont tant venté les médias, qui assassinat sept personnes dont trois enfants à bout portant, ce jeune homme a un peu raté sa fin, ou précipité, ou choisi de…, bien que « choisi » sonne comme « doute », je ne sais pas, comme pas mal de choses, des éléments m’échappent, chaque fois que quelqu’un saute par une fenêtre pourchassé par un service d’ordre, n’est ce pas comme s’il se sentait obligé , ou intimé voir aidé ? Mais passons, oublions vite ce bref instant de parano idiote et facile, chacun fait son boulot certains poursuivent d’autres sautent. La mort de Tabucchi, soufflée, estompée… ou alors je n’ai pas tendu l’oreille au bon moment, après tout la mort des célébrités m’importe peu, sa mort est nettement moins intéressante il faut le dire que celle du jeune homme qui s’est beaucoup agité, lui Tabucchi c’est surtout sa vie qui devait intéressante alors que celle du jeune homme exalté…, donc l’assassin aurait filmé son œuvre macabre, pour une évaluation inutile aujourd’hui ? Mais a-t-il eu le temps de transmettre ses films à qui les attendait, des yeux habitués à l’image rapide, des yeux qui demandent encore de cet objet de vitesse, en gros, non pas des objets en mouvement mais des mouvements comme objets…, le nombre de petites caméras qui se sont vendu l’hiver 2011/2012, aux skieurs particulièrement, fixées sur les fronts sur les ventres sur les genoux pourquoi pas sur les sexes bien que les sexes sont difficilement repérables sous une combinaison de ski toujours un peu monstrueuse…,
vendredi 23 mars 2012
Que choisir ?
Traumatisé on ne le répètera jamais assez par la sournoise guerre que je n’ai pas connu, par la mémoire de ceux dont on a essayé de détruite la mémoire à défaut des corps mais la plupart du temps absolument les corps…, (car) non seulement entrant dans une pièce j’en cherche l’issue de secours, la seconde porte d’allée dans une allée, éventuellement un tuyau de descente un fil d’antenne sur une façade c’est à ce point, des parpaings saillants restant à l’angle d’une maison jadis détruite…, souvent habité moi-même comme en ma propre cage de survivant, vivant pour l’éventualité de construire un faux plafond un faux parquet une réelle trappe débouchant sur une fausse pièce véritable qui nous sauverait, un double dissimulé par une vrai fausse cloison pour héberger, loger, soi-même, nous, le temps d’un danger qui souvent dure plus que de raison, plus longtemps qu’un cycle digestif simple d’où cette question que l’on retrouvera posée lors de la construction du lieu de secours la cache secrète ses entrées mais aussi ses évacuations, comment faisaient-ils pour les fonctions élémentaires du corps, sachant certes que la nourriture peu variée pouvait causer des retards du transit ? … où en étais-je ? Pas si loin en fait. Dans les jours proches de l’avenir toujours incertain, nous devons habiter sous le même toit, entre les mêmes murs sachant qu’au ré-de chaussé même il me faudra une issue de secours, une grotte une cabane un lieu de stock, de repli... Devrais-je dans cet inquiétant futur proche cette rêverie malsaine regardée, même, ces jours à la loupe plutôt qu’aux jumelles de marine, pour contrecarrer ton angoisse à la perspective horrifiée du débarquement de mes chalutiers de mes croiseurs de mes péniches bourrées d’archives et de corps morts en représentation, textes photos et vides profondément laissés par leur absence, ne devrais-je pas soupçonnant le pire l’avenir l’inconnu, le monstre s’étalant entre-nous deux de tout son aise, guerre à sa façon, la larve d’un conflit dévorant les racines de notre histoire, ne devrais-je pas dis-je, empiler quelques éléments solides quelques cartons dûment bourrés remplis de ces archives indestructibles et miennes dans cette cave insalubre qui bien que nous travaillions à sa salubrité ne sera jamais hélas optimum, mais au moins proche je serai, proche des murs proche de toi à l’étage, je serai habitant là car il en est question même si c’est en dessous et que pour l’occasion qui me correspond assez mal mon totem serait le rat ? Proche là des bouteilles comblant le temps l’ennui du temps et pour combien de temps en aurais-je et le goût pour le bon vin qui ne nourrit pas tant que ça, combien dure t-il dure t’il ou désespère t-il de durer en rien aussitôt parti que bu ? Car il faut être vraiment tranquille pour le boire et en compagnie, où serait la compagnie et à quel rythme ? …La nourriture donc, l’approvisionnement et l’évacuation, donc…, et ce qui me hante, la « création ». La création ? Pariétale sans doute, à la cuillère lausanoise, incrustée dans le sapin sec suivant les veines, aux ongles dans le mâchefer, au silex au tesson l’un contre l’autre car il nous faut de la vibration de la trace, et palimpsesque à coup sur, les surfaces n’étant pas infinies les poutres limitées et le béton bien dur et ce qui dure dure durement oui, le temps pourtant sans matière se manifeste là. Plus tard il faudra gratter retrouver sous le salpêtre si on échappe à tel ou tel bombardement ici ou là, après la « libération », même dans ces dimensions parallèles doit exister une « libération », personne n’échappera à ce haut lieu de la résistance pétrifiée, culte votif, iconique, logo des temps futurs, les images les motifs répétés en seront devenus intraduisibles mais précieux, inscrits au patrimoine de notre humanité. Que choisir ?
lundi 19 mars 2012
Ce travers "naturel" qui fit tant de dégâts ...
"Nommer un objet, c’est supprimer les trois quarts de la jouissance du poëme qui est faite de deviner peu à peu : le suggérer, voilà le rêve. C’est le parfait usage de ce mystère qui constitue le symbole : évoquer petit à petit un objet pour montrer un état d’âme, ou, inversement, choisir un objet et en dégager un état d’âme, par une série de déchiffrements, …
(Stéphane Mallarmé)
Le drame de la formation des images
"Et la perspective n’aurait été que le moment où, grâce à l’Europe, l’art rejoignait l’Art, le fait son essence, la chose se majuscule ? A cela Panofsky opposait une idée simple : l’invention de la perspective n’est pas due à un progrès technique qui aurait permis la réalisation d’un projet aussi ancien que l’art, mais elle suppose plutôt un changement fondamental dans le problème même posé à l’art, et, plus généralement encore, dans la représentation que les hommes se font de l’univers. Au fond ce n’est pas au même monde que les inventeurs de la perspective et leurs ancêtres veulent arracher ses semblants. Du moins ce n’est pas le même monde en pensée. Car ce n’était pas le moindre intérêt de la thèse de Panofsky que de suggérer que c’est parce que les hommes pensent leur monde sans cesse autrement, qu’ils inventent des techniques toujours nouvelles pour en donner des images. Comme si l’on ne pouvait renouveler les manière de décoller du réel cette mince pellicule qu’est l’image qu’à la condition d’avoir une idée très abstraite sur la nature même de ce réel, et que les techniques de la représentation entretenaient une solidarité énigmatique mais profonde avec les conceptions philosophiques du monde.
Un peu de la même manière donc que Gaston Bachelard plus ou moins à la même époque en France, soutenait que la science n’était pas tant le progrès linéaire d’une conquête de plus en plus complète et exacte d’informations sur une réalité depuis toujours disposée devant nos yeux, mais au contraire un travail sans cesse renouvelé de construction d’une réalité objective qui oblige à s’arracher à nos perceptions ordinaires.
Ce que Brunelleschi a inventé, ce n’est pas une manière enfin rationnelle, géométrique et incontestable de régler le problème de la reproduction illusionniste de nos perceptions du monde, mais une manière de poser expérimentalement la question des rapports entre représentation et position dans l’espace. Il a noué les différents éléments du drame de la formation des images de sorte à ce qu’on puisse les manipuler, les faire jouer les uns relativement aux autres et éprouver en quelque sorte leur efficacité en les rapportant aux opérations par lesquelles nous obtenons tel ou tel effet."
(Patrice Maniglier - La perspective du diable)
samedi 10 mars 2012
Haricots verts
« Un jeune homme de 24 ans, Adolfos Lanbrekin, Lithuanien d’origine et menuisier installé en France depuis 6 ans, habitant Sallanches (Haute-Savoie), a trouvé mardi midi une tête de souris dans une boîte de haricots verts en conserve, a-t-il indiqué mercredi à l'AFP, confirmant ainsi une information divulguée par radio France Bleu Pays de Savoie. Ce salarié dans une menuiserie de Sallanches spécialisée dans les balcons traditionnels, - « on ne se tient jamais deux fois sur le même balcon » nous dit en manière de publicité, le chef de l’entreprise monsieur Mondarbois - a fait cette découverte, que sa femme, native de Domancy (village proche de Sallanches) a qualifiée de macabre. Mardi midi, alors qu'il préparait le déjeuner familial : "Il y a un machin qui est tombé dans la poêle. J'ai regardé de plus près: c'était une tête de souris avec des moustaches et des poils et le corps broyé", a-t-il raconté. "Je n'en revenais pas, c'était assez hallucinant. Nous avons un peu plus tard retrouvé les huit pattes réglementaires (Tchernoshima oblige) après avoir vidé le lot promotionnel de 6 boîtes poursuit madame Lanbrekin, Sabine de son prénom. On entend parfois des choses comme ça mais quand ça vous arrive on n'y croit pas", s'est exclamé Adolphos. La surprise a été d'autant plus désagréable que le jeune homme avait déjà entamé sa boîte de haricots verts le vendredi précédent, ne lui avait rien trouvé de remarquable et pour cause, la souris incriminée était au fond de la boîte. "Le pire, c'est que je n'ai pas vu la différence, j'y suis allé tête baissée", a-t-il narré, la souris aussi, visiblement. Adolphos Lanbrekin, qui avait acheté la boîte au magasin Carrefour Market de Sallanches, a envoyé les boîtes et la tête et les pattes de souris par la poste au service consommateurs de Carrefour qui le lui avait demandé, il en a profité pour rajouter deux ou trois trucs susceptibles de tomber également dans les haricots lors de leur mise en boîte, la vérité est parfois dans l’excès. Contacté par l'AFP, Carrefour a indiqué que son service qualité avait "ouvert une enquête afin de déterminer l'origine possible de ce corps étranger". "Le service consommateurs a contacté le client pour lui transmettre ses excuses et le remercier de l'avoir alerté", a indiqué un porte-parole de l'enseigne. Malgré la situation à caractère exceptionnel et afin d'éviter tout autre désagrément éventuel susceptible de choquer la clientèle, Carrefour a décidé de procéder au retrait du lot restant sur le marché", a-t-il ajouté. La souris n’avait pas vu la télé car ils en avaient déjà parlé je me souviens, il y a un an ou moins et ce monsieur non plus, voila la conclusion et ce n’est pas à nous que ça arriverait ; qui mange encore des haricots en boîtes de nos jours ? « Ça n’a rien d’étonnant » a répondu le Grand Responsable des Muscaridés de France interviewé par FR3 Rhône Alpes, une communauté peu souvent consultée, ce qui est certainement un tord, « aucune norme de sécurité ne prévoit la chute d’un de nos membres dans les cuves, les accès sont libres », …et de s’empresser de contacter l’inspection du travail afin qu’elle diligente un observateur. La famille réclame le corps."
(Rambla ‘Prim CY 2012)
La direction de l'animal
« Une simple empreinte peut indiquer, si l’on prend en compte sa plus ou moins grande netteté et la consistance de la neige, l’instant précis où est passé le guanaco, le poids et l’âge de l’animal, et l’opportunité de lui donner la chasse. En examinant l’enfoncement des doigts du sabot dans le sol, on peut déterminer quelle direction suit l’animal, s’il galope(poursuivi par d’autre chasseurs dont il faut soi-même se méfier), s’il trotte (de ce trot hésitant de qui a perdu le troupeau et se croit, peut-être à tort, vulnérable), ou si, pressé par la faim, son odorat tellement supérieur au nôtre lui a permis de flairer de très loin une de ces pâtures de morte saison qui ne se rencontre qu’aux abords des rares sources d’eau douce. Par ailleurs la torsion du pied, aisément perceptible dans la déformation de la trace, dénonce la maladresse du guanaco à contourner les obstacles, j’en déduis qu’il est blessé, fatigué et que, fuyant un Grand Chat, il cherche son salut dans les hauteurs, au-delà de notre Mission, vers les sommets où habitent les troupeaux sacrés si renommés pour leur fourrure argentée, et dont plusieurs poils adhérant à l’empreinte nous fournissent un échantillon. »
(Brizuela cit. Whirling / Le plaisir de la captive)
Petite coupure
"Un technicien d'ErDF/GDF est menacé de licenciement pour avoir refusé de limiter la consommation d'énergie chez une dizaine d'usagers en situation d'impayés à Villefranche de Rouergue (Aveyron) a-t-on appris jeudi auprès de
(Rambla 'Prim / CY 2012)
vendredi 9 mars 2012
C'est affreux comme c'est affreux (suite)
« Dans les jours fastes de l’hiver, les poissons tombent dru sur le gardien du feu, à l’image des feuilles mortes se détachant de l’arbre de Dieu, et les rameurs s’esclaffent, et les femmes chantent au rythme des coups de queues des poissons agonisants, et là-bas sur la côte tout à coup jaillissent de grandes flammes annonçant la nuit des célébrations, mais le vigilant gardien du feu n’a point de regard pour elles ; incliné sur le feu plus chétif que jamais, sujet aux mêmes alarmes qu’un banc de poissons qui, passant sous la quille, voit soudain béer les filets, il prie pour que son feu vive plus longtemps que cette liesse absurde, pour que l’insatiabilité ne prolonge pas indûment le voyage. Ayant touché le rivage les rameurs se reposent, se fondent allègrement dans le cercle formé à l’entour du grand feu : on se remet ainsi de la solitude des voyages, on relate et on écoute les événements, on trouve femme. Seul le gardien du feu est absent de la fête, parcourant les plages, les dunes, la forêt, faisant sa provision de bois pour le lendemain.
Déjà cuisent les poissons, enfilés dans de longues broches. Les anciens chantent les prouesses des héros, hommes et femmes patientent en caressant les chiens, les enfants contemplent effarés la nourriture fumante come si d’un moment à l’autre ils allaient à avoir à manger Dieu lui-même, et il semble, que nul ne se rappelle ou ne regrette le gardien du feu.
Dans ses allées et venues le long de la côte, le gardien du feu est toujours accompagné d’un chien.
Les gardiens du feu, semblent appartenir à une race différente. Les cheveux taillés ras, les paupières glabres, les pupilles enflammées ; la poitrine concave et crouteuse autant que la voute d’un fourneau ; les mains et les jambes crochues et brûlées, tout cela fait de lui une espèce de tison qui soudain se dresse et se met à marcher.
Continûment penché vers la braise, ou vers le sol quand il cherche du bois, le gardien du feu sait peut-être qu’autour de lui se succèdent les calamités, les guerres, les naufrages, les disettes, mais il s’offre le luxe de les ignorer, phénoménalement dégagé de toute responsabilité, confiant que le moment venu il y aura toujours, avec cette immutabilité caractérisant la liturgie, un dévot qui lui tendra sa moule fumée, son bol bien chaud de sang de cormoran. »
(Leopold Brizuela / Le plaisir de la captive)
Un hombre
« Un hombre se propone de tarea de dibujar el mundo. A la largo de los años puebla un espacio con imágenes de procvincias, de reinos, de montañas, de bahías, de naves, de islas, de peces, de habitaciones, de instrumentos, de astros, de caballos y de personas. Poco antès de morir, descubre que ese paciente laberinto de líneas traza la imagen de su cara »
(Borges /El Hacedor)
jeudi 8 mars 2012
L'infatigable madame Chardonay
-Allo, je suis madame Chardonay…
-Ah oui c’est vous qui avez appelé hier, c’est vous qui voulez un résistant ?
-Oui c’est cela, et j’aimerais…
-Vous avez raison parce que vous m’auriez demandé un poilu, on en a plus…
-Je comprends…
-Vous savez qu’il y a un barème qui…, vous êtes en banlieue ?
- Oui en province
- En province…, donnez-moi votre code postal.
-71600
-Vous savez qu’il existe différents tarifs, de 1 à 10, selon le résistant que vous souhaitez ?
-Je l’ignore mais il m’en faudrait un pas trop cher pour ma classe, un qui…
-Vous préférez un résistant ? Parce que nous avons aussi des déportés…
-Non non un résistant qui parlerait de ces années de…
-Ou peut-être un résistant qui a été aussi déporté ?
-Euh pourquoi pas mais…
-Donnez moi un chiffre de 1 à 10 et je vais vous trouver ça, compte tenu que plus on sera du côté du dix plus se sera onéreux, par exemple si vous voulez Stéphane Hessel, cela vous coutera assez cher mais ne soyez pas indignée par cela madame Chardonay…
-Pendant que j’y pense, madame Boualhoud ma collègue souhaiterait quelqu’un de la guerre d’Algérie pour sa classe, je ne sais pas si … ?
-Non c’est trop délicat, nous ne faisons pas ça…, je vais vous passer le numéro d’un collègue qui pourra peut-être vous dépanner…
-Ah merci Monsieur, et pour mon résistant… ?
…
(Rambla 'Prim / CY 2012)
Visite obligatoire
« Non, non, lâchez moi vous n’avez pas le droit de me coller dans ce car, vous me rendez complice de mon propre asservissement, de quoi s’agit-il, d’une rééducation ? Quelle brochure à consulter avant la descente du car ? Quelle film à visionner sur l’écran collectif du car ? Ca ne m’intéresse pas, comment, je suis obligé ? Comment on me laisse une dernière chance de m’intégrer et que justement c’est une chance qui m’est accordée d’évoluer, d’ouvrir les yeux sur le monde et c’est pour ça que nous sommes là ? Comment, je ne me rends pas compte que le monde est oppressant qu’il est peuplé d’injustices, qu’il faut en rappeler l’histoire récente si possible ou présente, les événements, certains pays moins favorisés certaines minorités, les bouleversements géologiques entrainant la mort de milliers de nos contemporains, que les efforts nocifs que que qu’entreprennent les grandes puissances sont couronnés de succès et écrasent les pays moins riches ? Comment je suis bien obligé de constater qu’il est normal qu’un sujet traitant de l’asservissement de l’homme par l’homme, du danger dans lequel s’est enferrée la planète et des efforts que certains qui luttent eux pour sa survie écologique font…, que ce projet hyper important, qu’il soit sur trois étages de
mercredi 29 février 2012
Mal conçu
"Bon c’est tout pour ce qui est de la méthodologie. Ensuite il y a une question totalement distincte : quelle est la nature de l’objet étudié ? Par exemple, la division cellulaire est elle un fouillis innommable, ou est-ce un processus qui suit des lois physiques très simples et qui ne requiert aucune instruction génétique, parce que c’est ainsi que la physique fonctionne ? Est-ce que des choses se divisent en formant des sphères pour satisfaire des exigences de moindre énergie ? Si c’était le cas, ce serait une sorte de perfection : un processus biologique complexe qui fonctionnerait comme il le fait en vertu des lois de la physique fondamentale. Quel beau processus ! D’un autre côté nous acons le développement d’un certain organe. Il y a un cas fameux, celui de la colonne vertébrale humaine qui, comme chacun sait d’après son expérience personnelle, est mal agencée ; cela a l’air d’être du mauvais travail, c’est peut-être le meilleur travail qui a pu être exécuté dans des circonstances compliquées, mais ce n’est pas du bon travail. En fait, avec les développements de la technologie humaine, on trouve des façons de faire des choses que la nature n’a pas su trouver ; à l’inverse, on ne peut pas faire des choses que la nature a trouvées. Comme par exemple une chose aussi simple que l’usage des métaux. Nous utilisons tout le temps des métaux ; la nature ne les utilise pas pour la structure des organismes. Il y a abondance de métaux à la surface de la Terre, mais les organismes ne sont pas faits de métaux. Les métaux ont de très bonnes propriétés pour la construction, c’est pourquoi les gens les utilisent ; mais, pour une raison quelconque l’évolution n’a pas su franchir ce cap. Il existe d’autres cas semblables. Il existe un cas qui n’est pas du tout compris et qu’on commence à peine à étudier : le fait que les systèmes visuels et photosensibles de tous les organismes connus, des plantes aux mammifères, n’accèdent qu’à une certaine partie de l’énergie solaire et qu’en fait la partie la plus riche de cette énergie n’est pas utilisée par les organismes : la lumière infrarouge. C’est curieux car être capable d’utiliser cette énergie serait autrement adaptatif, et la technologie humaine peut le faire (grâce à des détecteurs infrarouges) ; mais encore une fois, l’évolution n’a pas pris ce chemin et il est intéressant de se demander pourquoi. Il n’y a pour le moment que des spéculations : l’une d’entre-elles est qu’il existe tout simplement aucune molécule dans notre environnement capable de convertir cette partie de spectre lumineux en énergie chimique ; c’est pourquoi l’évolution n’a pas pu tomber par hasard sur cette molécule, comme elle l’a fait pour ce qu’on appelle la lumière visible. C’est peut-être la solution. Mais si c’est le cas, l’œil est, en un sens, bien conçu et, à d’autres égards, il est mal conçu. Il existe beaucoup d’autres cas de ce genre. Par exemple, le fait que nous n’ayons pas d’œil derrière la tête est un défaut de conception : nous serions nettement mieux adaptés si nous en avions un, car nous pourrions voir lorsqu’un tigre à dents de sabre est à nos trousses."
(Noam Chomsky - Sur la nature et le langage)
Glissement très important
" …ce sont les systèmes abstraits que l’on construit qui correspondent vraiment à la vérité ; l’ensemble des phénomènes est une distorsion de la vérité, car trop de facteurs et de toutes sortes y sont impliqués. Et il est donc souvent tout à fait avisé de ne pas tenir compte des phénomènes et de chercher des principes qui semble vraiment fournir une vision profonde des raisons pour lesquelles certains de ces phénomènes sont comme ils sont, tout en reconnaissant qu’il y a d’autres phénomènes auxquels on ne peut pas prêter attention. Par exemple, même de nos jours, les physiciens ne peuvent pas expliquer en détail comment l’eau coule du robinet, ou la structure de l’hélium, ou d’autres choses, qui ont l’air trop compliquées. La physique est dans une situation où quelque chose comme 90% de la matière de l’univers est ce qu’on appelle de la « matière noire » - on l’appelle « noire » parce que les physiciens ne savent pas exactement ce que c’est, ils n’arrivent pas à le découvrir, mais il faut bien qu’elle existe sinon les lois de la physique ne marchent pas. Donc les gens admettent l’hypothèse qu’il nous manque environ 90% de la matière dans l’univers. C’est considéré aujourd’hui comme normal, mais cela aurait été scandaleux du temps de Galilée. Et parler de « style galiléen » fait référence à ce changement majeur dans la manière de regarder le monde : essayer de voir comment il fonctionne et pas simplement décrire un tas de phénomènes ; et c’est un glissement très important.
Quand au glissement vers un souci de l’intelligibilité et de l’amélioration des théories, il est, en un certain sens, post-newtonien, comme l’on reconnu les spécialistes de Newton. Newton a principalement montré que le monde en soi n’est pas intelligible (du moins pas comme on l’avait espéré aux débuts de la science moderne) et que le mieux qu’on puisse faire est de construire des théories intelligibles, ce qui est tout à fait différent. »
(Noam Chomsky / Sur la nature et le langage)
mardi 28 février 2012
L'innovation de Taylor
«L’innovation de Taylor « c’est d’étendre aux gestes de l’homme les mêmes soucis de précision et d’économie que dans l’usage de la machine. A tout travail doivent répondre certains mouvements particulièrement bien adaptés et qu’il s’agit de reconnaitre, de sélectionner, d’enseigner, d’imposer. » Au lieu de laisser l’homme agir, écrit-il, ce système d’organisation « dissocie son activité en ne lui demandant qu’un certain geste artificiel ou une vigilance uniforme et sans gestes ». En un certain sens Taylor ne demande pas trop au travailleur, mais trop peu. En choisissant le mouvement qui réclame de sa part le moins d’entremise, on prive l’homme de son initiative. Or « l’amputer de son initiative pendant sa journée de travail, pendant ses huit ou dix heures de travail, aboutit à l’effort le plus dissociant, le plus fatiguant, le plus épuisant qui se puisse trouver ». L’effort n’est pas seulement celui que cet homme fait pour suive la cadence. C’est également celui qu’il doit consentir pour refouler sa propre activité. Finalement on exige de lui un sacrifice qui « l’ampute d’une grande partie de ses disponibilités, qui laisse dans le silence toute une série d’activités nécessaires, de mouvements qui sont nécessaires parce qu’ils font un tout en quelque sorte organique avec les gestes exigés. On condamne l’homme à une immobilité qui est une tension continue. Or cette tension qui ne peut se dépenser en mouvements entraine des « troubles », des dissociations qui détraquent la machine humaine. » Mais Wallon n’en reste pas là. Car le silence taylorien qui recouvre les gestes humains n’abolit pas pour autant l’activité de celui qui travaille. Certes on cherche à la mettre entre parenthèse au prix souvent de la mettre « en souffrance » en pratiquant l’élimination des sujets réfractaires au dressage convenu. Mais même la sélection professionnelle laisse ceux qui ont triomphé du tri se débattre avec cette part d’eux-mêmes, trop grande pour l’exercice de leur fonction. Malgré tout, les hommes ne « rentrent » pas dans la tâche. Les ressorts de l’activité sont laissés vacants et du coup, ce qu’il y a de finalement irréductible dans le « facteur humain », à savoir « la solidarité de l’être entier avec l’effort exigé de lui », n’en est devenu que plus apparent. C’est ce qui fait dire à Wallon que « la recherche du plus grand rendement ramène l’attention de la production sur le producteur ». Et il ajoute : « Par une sorte de choc en retour, la tentative de l’industriel pour façonner son matériel humain démontre que ce matériel aussi a ses lois. » La fusion imaginaire de l’homme et de la machine débouche paradoxalement sur l’impossible identification du sujet aux actes qu’on lui prescrit. En heurtant les lois qui règlent l’activité de l’homme, provoquant mille mécomptes des plus graves, « le taylorisme », écrit Wallon, a fait sortir de leur silence des nécessités qui s’ignoraient elles-mêmes. Il a finalement contribué à imposer ce qu’il tendait à méconnaître ou à supprimer. » Car comme l’activité s’est vue artificiellement réduite par le taylorisme à un dressage opératoire, la subjectivité se voit aujourd’hui confondue avec l’attachement à l’entreprise. La « disponibilité » fait partie des compétences comme la motivation est devenue un comportement exigible mais comme l’activité, la subjectivité a ses lois qu’on ne contourne pas sans dommage."
(H. Wallon in Yves Clot - Le travail sans l’homme)
Et oui
« Aussi a-t-on vu des ouvriers incapables dans le temps chronométré de faire, avec leurs mains, tous les gestes nécessaires, s’aider de la tête comme d’un troisième bras. »
( JM lahy – Le Système Taylor et la physiologie du travail professionnel)
lundi 27 février 2012
L'hypothèse de Prout
« Si je me souviens bien, lorsque Murray Gell-Mann et ses collègues étaient en train de concevoir la théorie, il s’est trouvé qu’ils avaient des données en faveur de 7 quarks, mais personne n’était satisfait car 7 est un chiffre trop laid, donc l’idée a été de construire le modèle en termes de 2 et de 3, qui sont de bons chiffres. Et après un travail expérimental supplémentaire, stimulé par cette intuition, le modèle le plus joli s’est avéré être vrai. Je crois que ce genre de raisonnement a toujours lieu. En un sens, la découverte de Pluton a été un peu comme cela. Il y avait des perturbations ; il était alors possible que le monde soit laid et qu’il faille inventer une histoire, mais tout le monde a été content quand on a trouvé là-haut une entité postulée – qui est peut-être une planète peut-être pas, ce point est controversé. Mais quoi que ce soit, cela existe bien là haut et cela rend compte des perturbations sans compliquer la théorie physique. Vous voulez que le système soit beau. Regardez par exemple le tableau périodique des éléments. Les faits connus ne coïncidaient pas parfaitement avec lui, mais il était si beau qu’il fallait qu’il soit juste, donc tant pis s’ils ne coïncidaient pas. Il existe des exemples semblables bien connus dans l’histoire des sciences. La chimie, qui est un modèle assez révélateur pour la linguistique, en fournit de nombreux exemples. Beaucoup de chimistes n’étaient pas très satisfaits de la prolifération d’éléments et d’atomes chimiques dans les théories de Lavoisier et de Dalton. Humphry Davy, par exemple refusait de croire que Dieu avait pu concevoir un monde aussi laid. Au même moment, au début du XIX siècle, William Prout a observé que le poids atomique des éléments était assez proche des multiples entiers du poids atomique de l’hydrogène et il a truqué les données pour obtenir des nombres entiers exacts. L’ « hypothèse de Prout » comme on l’appelait alors, a encouragé des recherches expérimentales considérables pour chercher qu’elle était la déviation exacte du poids atomique d’éléments plus lourds à partir d’un multiple entier de l’hydrogène et pour essayer de trouver une explication : l’hypothèse de Prout était elle vraie ou fausse ? »
(Noam Chomsky / Sur la nature du langage)
mercredi 15 février 2012
mardi 7 février 2012
"Ayant maintenant posé..."
(Mark Twain - in North American Review - février 1901)


