jeudi 5 mars 2015

Lumière fossile /16

Ecouter de la musique à deux dans une voiture quand on n'en écoute jamais à deux pour la raison même qu'on ne peut partager un espace ni spatial ni sonore, rien, est sacrément..., et je mâche mes mots. Les mêmes raisons de façon fixes, indéfectibles, raisons autonomes hors de nous et de moins en moins patientes, de moins en moins patient soi avec soi-même, la plupart du temps trop occupé à rechercher notre propre concentration penché sur nos goûts en propre, impartageables en l'état. Il nous arrive de choisir parmi le bruit du bruit un lieu que nous occupons un temps en tant que présence dans l'espace, notre écoute ainsi choisie a été. Dans le cas présent, dans la voiture rappelons le en compagnie de l'autre, nous tentons une énième fois d'écouter, là, une musique. Il se trouve que celle-ci, cette musique non testée en solitaire est particulièrement mièvre, trop ronde et propre, une qui n'a pas fait ses preuves, une ici si lourde se voulant parfaite et trop rapide, pire, l'autre semble satisfait à l'écoute de cette musique. L'autre n'écoute jamais comme y faut, comme on aimerait qu'il écoute, comme notre double écouterait, sans dépasser, l'autre, adoré par ailleurs, est proprement agaçant. Ce que l'on doit supporter là assis au volant, de cet autre qui écoute auto-associé à son écoute, absolument tout à son écoute, le poids de son écoute redouble le poids de sa présence incongrue alors qu'on conduit, son écoute a l'air, ou on ne sait, on le sait plus ou moins, le devinant à sa mimique à notre droite, enthousiaste, ce qui est révoltant au vu et au su de ce qu'on ressens peu à peu de plus en plus violemment, enfariné l'autre..., son air... « Merde alors tu n'entends pas que c'est une version pourrie, qu'ils jouent comme des pieds, qu'ils se courent après les uns derrière les autres les musiciens si ce sont des musiciens, ils galopent sur trois pattes, punaise mais c'est pas possible comme ils tirent sur leurs archets, le chef d'orchestre a dû sortir pisser ou quoi et ils continuent tous hystériques des boyaux des cuivres et des timbales sur leur lancé merdique !!?» Pas vraiment la faute de l'autre mais bien celle de la musique, la musique fait tant pour le cinéma jusqu'à plier l'image, pourquoi se rend elle là si pénible en roulant en compagnie de l'autre ? Notre cinéma en roulant oui parlons en, notre cinéma d'autoroute c'est vrai, ça colle parfois aux images qui viennent se coller aux vitres absorbées par la musique, on supporte un moment on aime un moment on est tout musique tout image, notre présent se fait fluide puis ça cesse.

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