lundi 6 février 2012

Comment ?

Comment ces organismes simples savent-ils, ont-ils-la prescience, une vue anticipatrice de ce que sera leur quotidien plus ou moins rétréci de demain, comment comprennent-ils qu’il va faire très froid que le niveau de la neige sera très haut ou qu’ils n’auront pas une goutte d’eau, demande-t-elle ? Ils n’ont pas la télévision, personne ne leur dit, ils n’achètent pas le journal, ne bavardent pas avec leur voisin, comment font-il ? Je vais te répondre lui-dis-je. La larve du melolontha melolontha sent bien que les racines du topinambour sont ancrées plus profondément à mesure que l’automne arrive, l’abeille se rend bien compte que les feuilles poussent plus haut sur une tige plus élevée que l’an passé, que la fleur va se percher là haut que l’on est loin du sol, ils en concluent logiquement ces êtres, que la terre va se refroidir, qu’il y aura plus de neige, quantité de neige ; les pies aussi par rapport au niveau de la neige, elles montent plus haut pour établir leur nid qui est déjà fort haut. Le topinambour perçoit bien à sa façon que la larve du melolontha melolontha s’enterre plus profond qu’il ne faudrait et en déduit que l’hiver sera rigoureux, son orientation indique que la neige sera abondante, il lui tourne le dos. L’indien déjà, voit l’homme blancs qui accumule ses bûches sur son tas de bois, il en déduit que l’hiver sera rigoureux, l’homme blanc à l’affût de la sagesse indienne voit bien que l’indien s’habille plus qu’il n’en faut, et en déduit que l’hiver sera particulièrement rigoureux. Il n’existe pas d’autre mouvement que ce leurre qui nous indique que nous sommes dans un écosystème certes mystérieux mais parfait, une synergie écosystémique, personne ne sait jamais rien des événements climatique futures sans la présence de son voisin, jamais rien à l’avance seul, ni le leptinotarsa decemlineata, ni le lepus europaeus, ni le sus scrofa, ni notre voisin, ni nous-même. Si votre voisin vous observe avec insistance ces jours dernier sachez qu’en retour il attend beaucoup de la réponse que vous allez lui donner de façon mutique, et en retour sa façon de recevoir votre information silencieuse, un pied sur l’autre, muette et riche vous indiquera combien de pulls sortir de l’armoire combien de litres de fuel commander, doit on acheter des chaînes pour la voiture, faire provision d’eau, faire du ski cela vaudra-il le coup cette année ? Des trucs vraiment essentiels à la survie, quoique le ski… Dois-je laisser traîner quelques cartons dans la rue pour aider les SDF ? La façon muette du voisin, qui reçoit votre information sans paroles, le poussera à s’agiter lui aussi sur son tas de bois, ou sur l’isolation de sa maison, de dégager son garage pour faire rentrer sa Clio, on apercevra madame, le haut de madame à la fenêtre de sa cuisine redoublant sa production de confitures, de légumes stérilisés, le plus sportif ira déterrer ses raquettes de la cave, pendant que vous vous faites livrer des tonnes de pommes de terre, revenez de Carrefour avec trente kilo de sucre, votre fiancée est à la pharmacie et commande du sirop pour la toux en bidons, vous retrouvez fébrile les chaines de votre Ford, cela vous est revenu en mémoire, que vous aviez acheté il y a cinq ans au cas où, et qui sont si difficiles à monter sous le regard du voisin qui lui a une Renault, ce qui ne fait aucune différence quant à la difficulté du montage, mais il n’en perd pas une miette, il guette les signes vous disais-je et se précipitera pour faire à l’identique. La pelle à neige est extraite de la cave, vous isolez la niche du chien, allez voler du sel municipal dès que le soir tombe et dieu sait s’il tombe de plus en plus tôt en cette saison, dans le bac du coin de la rue, il n’y en a plus guère, le voisin qui vous observait, les voisins sont déjà passés par là. Il faut survivre, trouver une solution.
(Rambla'Prim - extrait -CY 2012)

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