jeudi 5 janvier 2012

HB

Puisque la logique hollywoodienne exige que toute histoire bien faite soit constituée de bons à qui il arrive une belle fin, qu’ils ont peu à peu travaillé mais à laquelle on n’assiste pas, entendre, la fin du métrage qui peut éventuellement se poursuivre plus tard en plusieurs. Pour que, donc, se termine bien et de belle façon ces histoires semblables les unes aux autres, interminables souvent, ce ne peut être qu’un enquêteur jeune fort et beau et contemporain qui se penche sur l’existence jadis courte et forcément en noir et blanc légèrement sépia d’images hésitantes, pour que l’on comprenne qu’il s’agit du passé, que l’on se penche que l’on s’identifie un minimum, juste ce qu’il faut, sur la triste existence de Blairfin, autrement dit, lui, dans ce passé lui qui a connu une fin dans le genre dramatique. Dramatique, oui. Dramatifiée encore par le passé de sombre mouvance, les ombres et la fuite du temps. Ce dont on se serait bien passé, mais justement le déroulement d’un récit en passe par là.

Ainsi, ça se termine bien, après de forts contrastes, l’histoire présente, après nombre poursuites agitées, de héros inquiétés, d’une scène d’amour fondatrice et donc d’un feu de cheminée exalté, d’un ami qui se révèle traitre, d’hommes politiques nourris aux pots de vin, à l’avancement des chefs qui ne reculent devant aucun sacrifice de subalternes ; le narrateur enquêteur épouse la fille rencontrée, cela nous est suggéré, ce serait bien le seul élément qui nous serait suggéré. Mais déjà l’hélicoptère s’enfuie au dessus de la ville lumière qui a offert une partie du budget au film, avec nos images. Ainsi, dans une de ces successions d’images dont est friand ce genre de cinéma, dans le même plan, nous passons grâce à un léger bouger, de Blairfin vêtu d’un tweed avachi, à l’enquêteur accroupis, en flanelle confortable, veste négligemment jetée sur un teeshirt sombre de marque mais ça tombe bien, près d’un cadavre ou d’un tapis, tous deux, ne touchant absolument à rien. Ainsi, ne touchant à rien, comme le faisait Blairfin, l’enquêteur le fait pour comprendre comme comprenait Blairfin.
« Ne fumez pas » disait-on à chaque entrée de Blairfin, ainsi le fait on encore en accueillant l’enquêteur qu’on respecte pour ses jeunes talents, ses états de service et parce que mystérieusement parfois, on l’identifie un peu précocement à Blairfin, « Ça ne me dérange pas » dit-il, vous pouvez fumer. Quant au long métrage, on en déplore le doublage, on imagine les doubleurs, une rangée de loups debout hurlant plus ou moins vers le plafond d’où pend une rangée de micros à l’ancienne, genre râpe à parmesan inversée, tout ça, pour « faire les voix des protagonistes », « faire la foule » « faire les sirènes les réflexions de la rue », une rue reconstituée, d’ailleurs c’est très mauvais : ici une rue à demi barrée par des bandes de plastique et quelques policiers, sirènes de police comme en en trouve qu’en Amérique (et plus ou moins timidement heureusement, dans certains pays d’Europe), une ambulance pressentie qui peine à se frayer une voie dans la circulation. Une voiture sur trois est un taxi jaune, dense rumeur quelques éclats proches, les doubleurs en grappe s’activent s’échauffent, tout doit être condensé et compris, ce son reconstitué, compris par ceux qui comprennent et acceptent la langue du doublage, et réutilisable. Rude montage. Résultat nul.
« Un type assez typé, ce Blairfin, à l’odorat si fin et développé… » semble dire le procureur ventru derrière son bureau de 18 mètres carrés façon chêne lustré, et nous ajouterions, que la police souvent démunie et pauvre en solutions face au mystère, …ce qui n’a rien d’étonnant, car prévoir ce qui est complexe voire impossible au commun des mortels consiste à projeter dans l’avenir ce qu’on a perçu dans le passé, ou à se représenter pour plus tard un nouvel assemblage, dans un autre ordre, des éléments déjà perçus. La police n’en est pas tout à fait là bien qu'elle aussi ait sa technique, sa propre philosophie et accessoirement à l’époque, Blairfin embauché en CDI. Mais ce qui n’a jamais été perçu et ce qui est en même temps simple, est nécessairement imprévisible. Pour le coup, le crime est foncièrement imprévisible, et la police emploie ce type ce gus ce genre d’individu un peu particulier, on hésite à dire génie et pourtant, ce singulier quidam, névrotique-quidam-singulier, présentement et ponctuellement si l’on peut dire : contemporain serré d’un crime, on utilise ce type, sur le lieu du crime, de chaque crime, qu’en dirons-nous ? Revenons au film, à sa rambarde traditionnelle que nous saisissons à pleine main, reprenons nos esprits, acheminons nous vers une narration petitement chrono-logée, autrement dit, niches de temps plus ou moins imbriquées les unes dans les autres. Tentons d’y nicher une réflexion à notre tour. Celle-ci par exemple, ici-autrement, autrement-dit baignée par les images faciles du sous-siècle, mis en mouvement par celles-ci, épaulée par les mêmes, continuons après reprise : sirène de police policiers pressés générique carte professionnelle d’accès à la zone clôturée qui pendouille sous le cou autrement-dit, la pochette cuir ou plastique noire et la ficelle offert par le gouvernement, générique pochette, un gouvernement fédéral, …tout de même ah…, mais la même partout, on en extrait la plaque métallique argentée, un aigle à cou blanc déployé, le Pyrargue à tête blanche un pêcheur, sans nul-doute, sur portefeuille à clapet vertical, générique, sortie plus vite que l’ombre d’un célèbre cow-boy européen, au cas ou, …de sa poche portefeuilles, …suite du générique. La caméra-donc-nous, elle et nous en un travelling-avant sans surprise, pénétrons dans l’appartement. L’appartement générique à ce genre de situation, la lumière est identique d’un film à l’autre, la surface conséquente, fin du générique.

Un détail énorme achoppe, le héros, l’ancien le proto héro qui sert de modèle au contemporain, lui, ne peut. A l’époque, dans son tweed avachi Il ne peut avoir accès, la faute en est à son aspect douteux. Un premier temps, son faciès lui interdisant toute approche. Son état intérieur sa fonction non-inscrite au front comme cela devrait. Lui. Jusqu’au moment où. Le vieil inspecteur un tantinet bourru qu’il connait de longue date, fait signe à ses hommes de le laisser entrer car en fait, ce type qui entre et n’entre pas, est celui qu’on attend. Et cela le caractérise grandement. Ce type est d’une timidité d’une modestie, d’une maladresse excessive, ceci le caractérise également. « Attention les bibelots, attention le papier peint, le vernis du mobilier sur-polis » semble murmurer l’inspecteur qui le convie à entrer dans ces images du passé. Ce type, on aimerait savoir, le héros vivant de cette séquence qui bientôt ne sera qu’un souvenir sur lequel enquêter, a-t-il été abandonné ? Ou banni ? Cette humilité inutile qu’il tire derrière lui, ce désespoir bien plus, se lisent sur son visage fatigué par le poids d’un souvenir : « Une femme encore » ? ou, « le Vietnam » ?, puis, « l’alcool » ? Tout signe distinctif qui nous éclairerait est bon à prendre, plus ou moins, contrairement à ce qu’on croit, puisque je viens de le dire, et quand je le dis je le dis. On le connait, nous depuis toujours, ou tout comme. Il est nous, notre regard notre nous nous-mêmes et nous le savons, nos échecs nos rêves notre gloire. Cet homme est attendu. Cependant. « Allez tout le monde dehors, que personne n’entre, que personne ne sorte, que personne ne fume… ! Monsieur Blairefin arrive… », dit le vieil inspecteur qu’il connait de longue date. Et nous de même, poursuivons.

Suivant le fil, à mesure qu’il se déroule sous son nez sensible, un tel nez sensible, et le notre. En ce début d’enquête, Blairfin visite les lieux d’agitation humaine maintenant apaisés ou refroidis, selon. A cet endroit, survient un bon mot parmi les voix, le bruissement continue, l’arrivée lointaine de sirènes annonçant l’ordre le soin un peu tardif mais le soin, dans une grande capitale d’un état fédéral et l’embarquement pour soin ou dépeçage, en chambre réfrigérée, nous lui devons une visite, c’est écrit. Bon mot stéréotypé d’un des lourds policier qui l’accueil forcément à contre cœur - on n’accueille pas un nez comme ça, si peu reluisant dans son tweed avachi, quelle idée, sur le théâtre d’un crime - …un bon mot à l’adresse de la viande froide. Il, Blairfin c’est lui, Henry Blairfin note topographiquement, renifle les objets et note et transmet et renote et se tait. Parfois et souvent sans toucher la moindre particule, cette pudeur incontestable-non-excessive, sa qualité première et sans doute dernière. De dos, le profil d’un homme bien mûr, une sorte de génie rare et taillé dans la matière incertaine du génie. On ne peut le cerner. Il enquête, il renifle et s’en va. Silencieux. Le rapport est pour plus tard. On peut l’atendre ce n’est pas le roi de la machine à écrire, car en ce temps…

Depuis très tôt, dans l’aurore subtile, ou l’aube d’une vie humaine, parfois taillée dans le bois, et jusqu’au bout, nous marchons sur les décombres de nous-mêmes. Autant le faire avec légèreté, élégance, discrétion et ne pas tout pilonner maladroitement. Il, Blairfin sait ne rien dire avec cet air buté et légèrement myope. Peu reluisant certes, peu net d’aspect dit-on. Il reconnaît une odeur dans la rue, dans une cafétéria suit sa piste dans un magasin puis finit, pour une fin dramatique, il en faut une…, j’abrège, détestant le suspens. Il finit, dis-je, lui, par ne plus reconnaître sa propre odeur et se piège lui-même-lui. Il confond son odeur, avec celle de l’assassin, mais peut-être est-il lui-même ce lui… ? On le guillotine, car entre temps le gouvernement n’a pas changé, n’a fait qu’empirer, les esprits s’exacerber. Conscience aussi mince qu’un fécule de pomme de terre sur une plaque de verre, mais que d’images, tout un monde, et quel monde ! Le cinéma.

En quoi et comment Blairfin a t- il attiré l’attention de l’enquêteur, le jeune le nouvel héro tout à fait bien sapé ? « …oh à l’heure actuelle, Blairfin doit se sentir comme une moitié de hérisson sur une bande d’arrêt d’urgence. » dit le vieux policier qui l’a bien connu, qui l’a souvent défendu auprès des ses collègues, qui lui a trouvé ce travail et qui a assisté à sa déchéance dernière. « L’inconscient d’une pierre qui tombe est une conscience nulle. La pierre n’a aucun sentiment de sa chute. Une pierre n’a pas conscience de sa chute. » Dit le jeune le nouveau l’enquêteur le curieux qui a lu et retenu Bergson, « …et nous de rechercher l’autre moitié… ? » Dit le vieil inspecteur qui n’est pas en reste. Soyons en sûr, presque certains, il n’y en a pas quatre de comme ça dans tout le conté. « Art louche et dédoublé, à couches superposées art palimpseste art insatisfait. En quelque sorte une révélation qui tapisse l’estomac ». Ce genre de réparties entre gens de qualité, n’abusons pas. Il s’agit de policiers.

« Que serait devenu Blairfin sans cette auto-absorption, lui proche de la police plus ou moins proche donc froissé mité sans expression ? Rendu pâle, poussiéreux, presque invisible déjà. En route vers une neutralité. Cependant loin, si loin de l’exubérance créatrice qui aurait du être le produit de ce génie, il aurait pu avec son esprit pétillant et fou produire ces gestes courbes ces courbettes, bonds pitreries grimaces indescriptibles pantomimes, qui n’ont d’intérêt que sur le moment, même et par contraste avec ce qui les entoure, lui Blairfin tout le contraire. Héla si l’on peut dire. Ce qu’il était, secrètement ? Tout au fond certainement, ou dans une intimité que peu ont connu. Force pantomimes à son domicile, à son tour ? Se glisser dans une peau posthume, voilà le jeune enquêteur qui veut la vérité à tout pris. Et danse et gesticule devant son miroir, imagine qu’il est. L’autre.
« …à coup sûr, quelqu’un de bien ! » entend-on près d’une tombe. Noir et blanc. Discours posthume très commun près d’une tombe creusée de frais. Ça ronfle, c’est parfois exact. Où se trouve la tombe et la vérité, qui peut le dire? La tombe, l’urne, la fosse ? Qui le sait qui s’en souvient ?
Il ne s’appuyait certes pas ce Blairfin peu commun, en un sens confortant sa pensée, ses réactions, comme nous, lui de manière posthume, sur notre morale lubrifiée par le fric, essentiellement le fric. Nos actions Nos pitreries financières Nos représentations. Et celui-ci, cet autre, ce double potentiel, qui le suit de loin à travers le temps, qui est il ? Sans doute avec l’imagination qu’il faut, suffisante, à souhait pour mener cette enquête impossible, difficile, trop, mais encore ? Il aime ça ce travail quasi idéologique, restaurer une dignité noyée par le passé trouble, bien correct ce type d’une bonne taille, le regard droit, d’un aspect propre, qui n’est pas repoussé par les femmes et plus récemment, qui ne fume plus, n’est pas sujet à la surcharge pondérale. Anecdote certes à propos du poids et du roman contemporain qui n’intéresse que moi : ne serait-ce pas le nec du plus supplémentaire du roman sordide moderne, du roman ? « Nous sommes au cinéma mon vieux ! » Mais le roman te dis-je, il s’adapte il se modernise à mesure que la société recule, se lifte et se décrépit, simultanément, que dire, sinon que les ruines sont le monde moins le monde ? …tout le contraire de l’autre, cet homme qui surgit dans ce présent tourné vers le passé de Blairfin et par là même vers son avenir anéanti, on l’aura…, certes. …, bien qu’une pointe infime, un détail en pointe, le fait basculer de ce côté, du côté du pas tout à fait comme il le faudrait ? Il est vu aussi parfois d’un œil ou brille la lueur du doute, un soupçon de mépris pour l’irrationnel, …il s’agit, il s’agirait, de soi-presque, ou-qui ? Il agit, ce vertige, c’est trou blanc. Trop d’imprécisions dans ce qui en réclamerait une lichette supplémentaire. Il s’agirait, avant toute chose, de moins en dire. De soi ? En dire ?...en dire un peu trop du trop qui n’est utile à rien ? Où serais-je, quel lieu, quelle projection, en quelle situation ? …mince pellicule de pas grand-chose à étaler, ce petit malaise, …mais de qui parle-t-on à la fin ? Sans fin. …comme petit-engoncé dans on…, mais c’est qu’il prend vie peu à peu ? Il prend vie à l’intérieur du héros, Blairfin prenait vie à mesure qu’elle disparaissait elle, la lourde logique du monde. Lui, le nouveau ou comment l’appeler dans une histoire si vieille ? C’est autre chose. Un rêve pénible du nouvel héros : Il entre dans la pièce assombrie, constate que les miroirs sont voilés, et demande : qui est mort ici ? – « Blairfin ! » lui répond-on, -« Bairfin, mais il… » ? Et il se voit dans le cercueil ouvert.
Blairfin décalé, mal fagoté à son époque, d’ailleurs à son époque tout le monde était plus ou moins mal fagoté et finalement peu battant dans sa vie professionnelle si on veut bien l’avouer. Ce n’était pas vraiment la mode cet amour du travail qu’aujourd’hui nous trouvons en chacun et sans effort. L’époque, rappel : déprime ? Alcoolisme ? Déception amoureuse + retour du Vietnam ?… le nouvel héros veut tout le contraire, tout le contraire dans sa flanelle, ne pourrait pas autre chose, c’est un naturel comme, un soupçon d’identification peu à peu, il se met à ressentir, sentir flairer tout court comme devait le faire Blairfin. Danger il y a car alors il risque le piège qui absorba Blairfin, « jouons finement » se dit-il au bord du gouffre qu’il perçoit à peine… aidé qu’il est par la belle Z., tout ceci instinctivement mais aussi pour découvrir ce qui conduisit Blairfin à la mort. Le nouveau a peur. Certes Blairfin fut condamné, mais injustement ? On se souvient qu’il fut pris à son propre piège, confondit, sans doute, son odeur et celle d’un assassin, était ce un piège visant à l’éliminer piège qui fonctionna, quelles en sont et les indices l’itinéraire les traces que Blairfin aurait laissé derrière lui… ? Un complot un piège une cabale ? Quel sont ces regard ces dissimulations ? Le procureur bedonnant, le mystérieux vieil et chaleureux inspecteur…, d’autres ?
« …sortez tous… ! » comme un écho du passé, le passé qui revient. « J’ai bien peur qu’en évoquant une sorte de Blairfin antérieur à Blairfin posthume, nous ne nous soyons égarés. « Momentanément. » dit-il à son supérieur hiérarchique à qui il doit des comptes et ce n’est pas toujours simple car celui-ci voit les choses simplement, dit les voir simplement, et rationalise ce qui ne l’est pas toujours, par pure méchanceté inhérente au rôle, rôle de l’idiot d’ailleurs. « Toutefois Blairfin, par sa silhouette un peu floue, ses traits livides, comme Lazare, et comme Lazare il doit trahir il doit dissimuler qu’il a déjà été la proie de la mort. En montrant en même temps, lui Lazare et Blairfin autrement dit un peu les mêmes, que la force de la vie a déjà aboli la mort en lui. Un Blairfin. Un mystère un mort. » Ce que n’a pas l’air de saisir son chef. En fait, il est éberlué.

Une autre nuit : Il entre dans la pièce, constate que les miroirs sont voilés, et demande : « qui est mort ici ? Blairfin lui répond-on. Blairfin ? …mais il… et depuis longtemps ? » Cela lui rappelle quelque chose, une étrange histoire.

Blairfin n’aurait-il pas laissé quelques feuillets sous son matelas avant de disparaître ? Un dossier, un compte rendu, des preuves ? N’était-il qu’un nez, un nez qui aurait tout aussi bien réussi ou échoué Grâce à une femme, sur la fin ? Hélas, une autre tombe. Trop tard.

Blairfin aurait pu aussi parler à voix haute, plus ou moins, répéter bribe par bribe, comme habité par un, ou de multiples personnages…, quelqu’un aurait tendu l’oreille vers ses borborygmes alors qu’il se penchait sur des cadavres, humait la pièce du crime se détournant parfois de l’horreur pour se moucher. « Penses-tu qu’il se serait soucié de toute une bande de personnages secondaires, d’un décor proche ou s’agitait une petite foule en bruissement lorsqu’il se penchait dans son tweed décrépi ? » dit Z. à son potentiel amant, « …lui qui, le nombre minimum de feuillets car pas plus bavard du stylo que du bec ce vieux Blairfin, lignes et notes pauvres inachevées…, quelqu’un les aurait « prise » pour lui voir contre lui, se serait appuyé sur cet excès minime de jacasseries, et se serait tu ? On l’aurait fait taire, car nous sommes dans un drame policier et ce n’est pas le nombre de malfrats et de nettoyeurs qui manque ? L’écriture, la façon de manier le langage noir sur blanc, cet excès étrange et virtuel en écho, n’était pas pour lui pas vraiment, pas vraiment en lui non plus, ce qui lui aurait permis pourtant, ce, régulièrement puis définitivement, de sortir par la petite porte, et nous par la grande, pour comprendre enfin. Régulièrement, un petit tas ciselé à l’image de son génie comme le font les véritables écrivains, tout occupé qu’ils sont à changer de costume, de sexe, d’attitude devant la vie déjà pris par la mort. Non. Blairfin, peu en fait, peu d’imagination pour en changer, occupé à ces sauts d’un monde vers l’autre, ces mondes parallèles, oh des mondes très accessibles comme proches des nôtres, accessibles, puis définitivement ? » continue Z. Ni écrits ni photo. La piste s’enlise. Les bouches se ferment. Beaucoup sont morts.

Flétri vilain d’aspect, allure basse des épaules, l’air gris de celui qui se grignotait de l’intérieur. Blairfin aussi souvenons nous en, travaillait. Avec la police, ce qui le rendit gris, indistinct, vide parfois mêm si dans sa jeunesse à ses début il fut tout autre. Nous avons cru comprendre cela, sans pouvoir le vérifier. Un manque de curiosité. Stationnant dans un temps où s’occuper de soi, donc de lui-même n’avançait à rien. Pourrait-on ajouter, ajouter autre chose ? Je ne pense pas, quand à moi, que Blairfin ait, ou ait pu écrire, quoique ce soit. Nous avons déjà tant de mal à l’imaginer sans. Qu’avec ? Notes éventuelles, constations parallèles, fumets attrapés par son fameux flair, collection éphémère dont nous n’avons d’ailleurs ni trace ni preuve, nul enregistrement de quelque médias qui soit. Pelures jaunies d’époque, piquetées de rouille et de bosselettes, car je me souviens que quelqu’un évoquait la possibilité d’un dessous de matelas, bosselettes donc, voila des preuves des détails désignant la trace de la matière dues au crin affleurant sous la surface du matelas. Seuls quelques fiches au commissariat central dont le papier achève de sécher, de jaunir de se laisser grignoter par l’ers collamboles. « Des hypothèses on en ajoute on en ajoute et la vérité fuit d’elle-même comme dégoutée… ».

Sentir pourtant, sentir absolument tout. Au besoin approcher les narines au plus près, toujours plus près.
(Rambla Prim' (extrait) CY 2011)

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