« L’image joue aussi : un paquebot passe à l’horizon devant un homme qui le contemple de la plage. Incongru, familier, dans la clarté filmique et une lumière venue des grands espaces, le paquebot passe, emplit l’écran, peint dans des couleurs éclatantes qui ne coulent pas au-delà du trait qui le dessine. Lent, grand, coloré, le bateau passe dans le plan, bateau réel pareil à un bateau de théâtre poussé en coulisse par vingt mille figurants, anti-Exodus mélancolique et allègre. Pas exotique parce que joyeux. Il faut voir le film de cette diaspora là : elle n’a lieu que tous les mille ans. »
Mille ans, hier aujourd’hui, pire demain. Notre film. Je t’écris du grand canal, chambre 271 de l’Hôtel Caravaggio, assis sur mon lit je lis et relis un texte de Badiou publié dans le Perroquet du 9 décembre 1983, exactement il y a vingt neuf ans, par la fenêtre, l’image joue aussi, quasiment sans interruption, ces grands jouets peuplés, ces mécaniques ces plans qui glissent l’un sur l’autre, ces grands espaces qui font irruption, intrusent et voilent ce qui doit se voir, qui détruisent le cadre l’histoire du cadre. L’écran est aujourd’hui le leur, un écran. Les vingt-mille figurants sont à l’intérieur de ces décors mobiles glissants et plats comme des idées, ils se tiennent sur le bord pour la photo, tous. C’est l’immense qui passe, je n’en vois qu’une partie de ma fenêtre.
C’est Venise aujourd’hui, et la sourde colère, je t’embrasse.
(Départs de feux / CY 2012)Mille ans, hier aujourd’hui, pire demain. Notre film. Je t’écris du grand canal, chambre 271 de l’Hôtel Caravaggio, assis sur mon lit je lis et relis un texte de Badiou publié dans le Perroquet du 9 décembre 1983, exactement il y a vingt neuf ans, par la fenêtre, l’image joue aussi, quasiment sans interruption, ces grands jouets peuplés, ces mécaniques ces plans qui glissent l’un sur l’autre, ces grands espaces qui font irruption, intrusent et voilent ce qui doit se voir, qui détruisent le cadre l’histoire du cadre. L’écran est aujourd’hui le leur, un écran. Les vingt-mille figurants sont à l’intérieur de ces décors mobiles glissants et plats comme des idées, ils se tiennent sur le bord pour la photo, tous. C’est l’immense qui passe, je n’en vois qu’une partie de ma fenêtre.
C’est Venise aujourd’hui, et la sourde colère, je t’embrasse.
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