jeudi 6 décembre 2012

Condamné à soi-même en mieux

Ce chien dimanche couché dans le virage, devant chez lui et bien devant chez lui, l’air hirsute et doux le genre de hyène de ces campagnes indéterminées, âgé sans doute, tricolore issu de croisements étranges dans les campagnes indéterminées. Trois cyclistes passent. Le chien va voir tranquillement de quoi il s’agit : « non pas courir mais aller voir, aller vérifier par acquit de conscience, sans curiosité malsaine ou pulsion meurtrière, vérifier qu’ils aillent bien au bout et passent correctement le virage, puis revenir à mon point de départ de chien comme si de rien, comme si rien ne s’était passé, ni cycliste ni rien. »
    Il revient, je m’accroupis à sa hauteur à bonne distance,  un ou deux mètres, pour le regarder l’interroger du regard, on se prend toujours un peu pour un Saint François avec les bêtes, moi particulièrement, certain que la télépathie entre mammifère résoudrait beaucoup de choses. En silence il me regarde et tord la bouche, réellement du réel façon bédé-esque et dessin-anim-esque à la fois, puisque ça bouge.
    Toutefois et c’est ce que je veux noter, sans le son sans le grognement qui se voudrait féroce, pour me rappeler qu’il faut conserver cette bonne distance, la bonne là. Il doit être capable de sourire, le premier chien qui serait capable de sourire. Suffit d’inverser l’inclinaison de la lippe. La question de l’humanité est relancée. L’épineuse ou douce question, pour selon, de l’humanité. La question d’une l’animalité qui serait figée dans ses comportements, également balayée. Le soulèvement de la lèvre supérieure gauche et beaucoup de choses sont remis en question, et en même temps pas de quoi battre un chien.
    Si on allait plus avant on pourrait apprendre questionnant ses proches que ce chien qui tord la bouche en silence, a eu tout simplement son AVC, comme tout un chien, tout un chacun.
(Départs de feux / CY 2012)

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