dimanche 25 novembre 2012

Vigne rouge

Et oui certes et donc, les images privées de leurs êtres dès les premiers plans. C’est ainsi, sans effort, tout naturellement, et surtout dès les premiers moments une raison d’être. On sent la volonté du cinéaste amateur et amateur de matériaux plus que d’êtres, souvent encombrants, il privilégie le fond. Quelle époque voyez-vous ça ! Mais ceci permet cela, quelques générations plus tard…
    Le décor ? Toujours vil cabossé très quotidien et usé par le quotidien travailleur ou l’ennui, l’ennui en forme de brique comme un air peut être en forme de poire. Dans le cadre il se signale et se distingue cet ennui répété et repéré par son côté dimanche, esquinté parce qu’exacerbé par la meule de son gris. Oh, un gris n’est pas forcément triste mais celui-ci…, on est particulièrement allé puiser - L’époque ? Le lieu ? – très large dans la tristesse qui le constitue ce gris, gris et tristesse font une matière, on découvre cette matière qui nimbe notre être en progressant à l’intérieur du cadre, nous sommes fichus, nous sommes à Pusztaföldvár, nous n’en sortirons pas, ou pas comme ça, comment en sortirons nous ? Et avec qui ?
    Variation faible infime maigre nécessiteuse du cadrage disions-nous, paysage décalé de l’arrière plan mis en vedette mais flou, mis en vedette flou : le décor, la vigne du mur ne gagnent évidemment pas en netteté sous prétexte qu’on les regarde comme on les habite, qu’on les habite comme on les. Ce brave et vaillant flou de lui-même insiste. Le cadrage se calcifie et soudain le mouvement déjà pauvre, hésitant, cesse, nous y étions lorsque ça s’est amorcé. Dedans. Déjà tante Ica n’a eu pas eu le temps - et bien, ça s’en ressent encore malgré sa disparition, la fuite des événements dans le passé, sa relégation, où d’ailleurs et dans quel lieu maintenant qu’on s’interroge ? - de retirer son tablier pour la photo, son tablier qu’elle tente de dissimuler avec ses mains rougies gonflées par les lessives, elle les essuie plus qu’elle ne les pose ses mains, à l’envers les paumes retournées vers nous, les pouces comme en bas dans un léger mouvement de torsion des poignets rejoignant les hanches, ce geste est net, à tout jamais. Il indiquait avant disparition, il poursuit son œuvre sémantique, la tante Ica qui nous attendait nous à attendu et continue de nous attendre les mains de telle et telle façon. Ainsi. L’on privilégierait ce geste instinctivement, accepté comme quelque chose de familier, non pas dans un souci évocateur supplémentaire ou sociologique mais parce que c’est bien ce geste que faisait tante Ica venant à notre rencontre le dimanche, un des dimanches de ce siècle dernier, qu’elle fait encore. On ne voit plus qu’elle et  son geste, son regard rendu charbonneux par le grain cellulosique, fécule de patate étalé pourtant avec soin.
    Fini le cadre le fond tel qu’il était, en vedette flou et filou et bancal au début du court métrage familial, on ne voit qu’elle, tante Ica, impossible cependant de savoir ce quelle fixe au-delà du cadre, en direction du chemin poussiéreux, que fixes tu tante Ica, que fixais tu ? Ton propre retour ?
(Départs de Feux / CY 2012)

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