samedi 24 novembre 2012

Noblesse de porc

Rien à y faire, l’heure des comptes de soi-même débouche sur l’heure des contes avec soi-même, fin décembre comme toujours, décembre tout court.
    L’hiver ? Si neige il y a c’est mieux encore, ça facilite la glissé des contes, le conte c’est le lieu que l’on transporte avec soit, Gauguin peignant des chalets enneigés sous 50° à l’ombre, dans les iles. Les pensées-rêveries se moletonnisent, c’est terriblement et très doucement traditionnel, ça donne du mou au milieu de la rudesse, encore faut-il être couvert, douillettement couvert, un conte peut en cacher un autre, que le chauffage ne tombe pas en panne ce qu’il ne manque pas de faire puisqu’on lui demande de travailler, les ampoules de même, mais donc, ce genre.
    Quand tu seras morte, j’achèterai une truie qui s’ébattra dans le jardin. J’occuperai mon chagrin à lui construite une confortable cabane de truie. Avec Radio Nostalgie s’il le faut ou France Inter que tu préférais.
    J’appellerai cette truie Marie Cécile, ce qui me coupera forcément de ta famille de nos amis puisque «choqués par autant de torsion d’un esprit déjà affecté par le décès le pôvre il ne sait plus ce qu’il bricole mais tout de même !»
    Personne ne saura, jamais. Car moi et heureusement malgré le chagrin, je ne confonds pas. C’est une sorte d’hommage à toi, qui adorait les cochons. Continue de les adorer, au-moins eux rendent en mieux encore, une fois morts et délicieux, plutôt que d’autres dont la mort ne sert à rien, l’adoration qu’on leur voue.
    « Aah j’adore dieu ! » « Mon cher Jean, sachez que l’on n’adore que les cochons ! » aurait dit Anne, que je n’ai pas vu depuis un bon bout de temps.

(Départs de Feux / CY 2012)

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